
Jean-Michel Baylet, Président du PRG, s'est félicité du
vote permettant l'abolition définitive de la peine de mort :
« ce combat, qui s'achève définitivement dans notre pays,
doit se poursuivre au-delà de nos frontières »
pour une abolition universelle.
"Il est des circonstances où l’on doit être fier d’être législateur. En septembre 1981, encore jeune député, j’ai vécu un moment historique rare lorsque Robert Badinter est monté à la tribune de l'Assemblée Nationale pour nous demander, dans un discours d’une extraordinaire hauteur de vue, de tenir le courageux engagement pris par François Mitterrand, devant une opinion pourtant majoritairement hostile, d’abolir la peine de mort.
J’ai participé avec fierté à ce progrès décisif, fruit de l’effort collectif de la nouvelle majorité, soutenu par des parlementaires de droite, dont Jacques Chirac lui-même, Jacques Toubon, ou encore Pierre Bas, infatigable militant de l’abolition.
Deux siècles plus tôt, Beccaria, Voltaire, Robespierre ou Hugo avaient déjà dépassé le débat moral pour l’amener sur le terrain juridique (Murmures sur plusieurs bancs). Avec éloquence et talent, ils avaient démontré que la peine de mort n’était pas dissuasive et que la justice parfois faillible ne devait pas s’armer d’une peine capitale (« Robespierre ? » sur divers bancs). Je veux bien réserver le cas de Robespierre.
Quoi qu’il en soit, mon plaidoyer est celui d’un homme épris de liberté. Si chaque citoyen abandonne une partie de sa liberté, dans le contrat social, à la collectivité, c’est précisément pour que celle-ci agisse mieux que les individus.
Mon instinct me pousserait comme tout le monde à vouloir tuer l’assassin d’êtres chers ou l’auteur d’un crime atroce. La société, pourtant, ne doit pas céder à ce réflexe. Chaque homme, quels que soient sa race, sa culture, sa religion ou son crime, incarne la condition humaine tout entière. En exécutant un criminel, c’est un peu de notre humanité que nous supprimons.
Le Conseil constitutionnel nous invite à mettre notre loi fondamentale en accord avec nos engagements internationaux et je suis fier de participer à l’inscription de l’abolition de la peine de mort dans notre Constitution. Enfin, la suppression de cette pratique barbare devient irrévocable, quelles que soient les circonstances politiques.
Pour autant, ce combat qui s’achève en France doit se poursuivre ailleurs. Les États-Unis, notamment, doivent renoncer à la peine capitale, parce qu’une grande démocratie ne peut s’enorgueillir d’une justice où subsiste le meurtre raisonné. Cette année, cinq Américains ont déjà subi la peine de mort et dans trois jours, Newton Anderson sera exécuté au Texas. La Chine, l’Inde et le Japon font aussi partie des 69 pays qui appliquent encore ce châtiment.
« Il faut faire souvenir à tous les hommes qu’ils sont frères », disait Voltaire. Fidèle aux valeurs humanistes et partisan de l’abolition universelle de la peine capitale, le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et les radicaux de gauche voteront naturellement ce projet de loi constitutionnelle."
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Fournier Bernard 2007 






